Il est fébrile.

Son regard essaie par des mouvements convulsifs d'embrasser tout son champ de vision, dans la volonté que rien ne lui échappe.

Il est bousculé, malmené, il doit tenir la ligne.

Les mots d'ordres envahissent ses oreilles et sont exécutés mécaniquement..

Les mots d'ordres ont été donnés en amont.

Dans son regard je vois l'adrénaline, l'excitation et parfois la peur qui passe.

Il ne comprend pas forcément tout. il est juste là parce qu'il le doit. Protéger un intérêt général, protéger ses collègues, protéger ceux qui manifestent, même si parfois malgré eux.

Il n'est pas toujours à l'aise avec les mots d'ordres, pas forcément toujours d'accord avec les méthodes.

Il a des convictions.

La discipline est pour chacun la plus belle des fidélités, celle qui rend efficace. Elle est également la censure la plus banale et la plus violente que chacun s'impose au quotidien.

Il veut juste que ça se passe bien, dans la mesure du possible. Pouvoir rentrer chez lui, peut être profiter de ses parents, peut être profiter de son conjoint, peut être de ses enfants, sans avoir à penser à un collègue/ami qui serait à l'hôpital suite à cette journée. Sans avoir non plus à penser à un collègue qui a craqué, où qui ce serait défoulé en profitant de son statut de défenseur de la république.

Il est manifestant.

Il est flic.

Il est humain.

Ses faits et gestes seront peut être filmés et feront peut être la une.

Les médias en feront une victime, un agresseur, un héro, il sera parfois tout cela à la fois, selon la communication souhaitée.

Il sera dépassé par les images, dépassé par la communication pour laquelle elles seront utilisées.

Je regarde les images.

Je vois des flics. Je vois des manifestants.

Je vois les même choses de chaque côté.

Je vois des îlots de chaque côté.

Des îlots de violence.

Des îlots de bêtise.

Des îlots de peurs.

Des îlots perdus dans une masse d'humanité liquide qui cherche à se comprendre, à se retrouver, ballotée par des courants, similaires, contraires, fluctuants.

Une humanité qui se cherche perdue entre sa volonté de solidarité et ses besoins égoïstes.

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