De Fromages et de tweets

Mon super pouvoir

 

Je crois que j’ai un super pouvoir.

J’en suis pas encore sûr.

Je sais pas s’il est utile.

Peut être serait-il dangereux s’il tombait entre de mauvaises mains ?

Peut être pourrait-il sauver l’humanité s’il était utilisé avec bienveillance et justice ?

 

Nan, je déconne. Quand j’utilise tous ces clichés du BIEN et du MAL, c’est bien sûr pour vous taquiner le dessous de la plante des pieds avec une plume.

Le  BIEN et le MAL, toussa toussa. Ca me fait penser à mon fils de 2 ans et demi qui pointe une vache dans un livre en disant « celle là elle est méchante et celle à côté elle est gentille ».  C’est vrai que, soit dit en passant, la 1ere vache à une sale trogne, du genre à piquer le sac à main en cuir de vieilles peaux de vache, le genre de vache dur à cuire, qui se trouve heureusement être une vache à lait et non vache à viande, ce qui épargnera toujours les maxillaires de nos vieux.

Mais bref, comme je dis à mon fils, juger au museau, c’est vache. Ca revient à juger au pif ce qui rend le résultat vachement incertain car  subjectif.

Si ça se trouve elle a eu une mauvaise journée cette vache ? Je lui dis, peut être qu’elle a l’estomac dans les talons ?

« Le cheval ? » Qu’il me répond.

« Quel cheval ? »

« L’estomac dans les chevals ? »

« Non, pas dans l’étalon. Dans les TALONS »

Je me dis au passage que c’est une expression qui va aux bovins comme un gant car ils en ont quatre, d’estomacs. Donc ça fait bien un estomac par talon, enfin par sabots. Quand on dit ça pour un Homme c’est ridicule, ça fait un estomac pour 2 talons…

Enfin ce que j’essaie de lui expliquer, à mon fils, c’est que la vache était peut être pas dans son assiette ce jour là, que non, ça n’a pas de rapport avec le poisson pané qu’il a mangé ce midi, que c’est juste une expression pour lui expliquer que peut être elle était un peu triste, ou fachée, au moment où e dessinateur l’a dessiné, et qu’il a l’impression qu’elle est méchante alors qu’elle est super cool en vrai. Alors que l’autre, sous ses airs sympas… il y a peut être cachalot sous gravier.

Pas évident de différencier le bien du mal, d’expliquer que chaque individu comporte en lui ces 2 composantes, et  qu’elle peuvent apparaître sous des aspects divers.

Ca me rappelle d’ailleurs une phrase d’un bouquin de Mike Horn, un furieux qui a fait le tour du monde en restant sur l’équateur :

« Depuis les salons et les lambris de Paris ou de Washington, la différence entre le bien et le mal est simplissime. Elle est infiniment plus floue, au contact des Amérindiens, quand on est le témoin de leur pauvreté. »

Je trouve cette phrase intéressante.

 

Tout ça pour vous dire que je vous taquine avec ses notions du BIEN et du MAL.

Mais je reste sérieux sur l’hypothèse de mon super pouvoir.

 

J’ai remarqué que j’ai la capacité de me détourner instinctivement des sujets de « buzz » médiatiques.

Je trouve que ça à un intérêt non négligeable car ça me permet de me libérer pas mal de mémoire vive de cerveau.

Le « buzz » ça me fait penser à ces jouets qui font un bruit infernal dès qu’on appuie sur un bouton. Quand vous demandez à votre enfant de le décrire, il vous  le décrit par le ramdam qu’il fait, mais pas par sa fonction, ni par son aspect.

Le buzz pour moi c’est pareil. Il y a un bruit de marteau, mais pas grand monde ne s’attarde sur le fond.

Bon en même temps ça Buzz tellement dans tous les sens dans le monde médiatique qu’on a pas le temps de s’attarder sur grand chose. On suit les bruits comme le chat suit le reflet lumineux du cadran de la montre sur le sol.

 

Bref, j’ai cette capacité à me détourner de ce genre de sujet… mais est ce que c’est bien ?

 

Oh, je sens que je vais devoir prendre des exemples  pour vous extraire de l’abstraction.

 

Récemment, j’entendais parler de la future réédition du bouquin écrit par Hitler quand il était en prison. Je me suis assez vite détourné du sujet qui ne me paraissait pas d’un grand intérêt… et BIM !... Quelques jours après le débat faisait rage sur faut-il ou non interdire cette publication ?

 

Une autre fois j’entendais parler d’un accident de la route. Je me contentais de m’éloigner du fait divers quand BAM ! On s’est mis à en parler pendant 3 jours comme étant l’accident le plus grave depuis X  temps pour un accident prenant en compte ce type de véhicule et ce type de trajet etc.

 

Tout récemment je lisais  un storify sur twitter, d’une personne exhibant le produit de son farfouillage dans la cave d’une feu inconnue. Et vas y que je montre des objets personnels, et vas y que je m’affranchis la conscience en twittant que cette feu inconnue (de moins en moins inconnue) aurait été heureuse qu’on partage ainsi ses effets personnels sur un réseau social… Bref, un poil mal à l’aise, je me détourne et PIF !... ma TL s’embrase sur l’histoire.

 

 

Tout ça pour dire qu’au fond, une question me taraude sur ces évènements, ces propos qui prennent une ampleur folle malgré le peu d’intérêt qu’ils ont.

 

 

 

Exemple :

Prenons un auvergnat qui découvre avec horreur un tweet disant que « finalement le cantal c’est comme le gruyère ». La fureur chassant sa raison à grand coup de pieds dans le baba, cet auvergnat cite derechef le tweet, assorti d’un propos lapidaire :

« la prochaine fois que l’auvergnat ouvrira sa porte ce sera pour botter des culs ».

Le tweet apparaît dans la TL d’un Chtimi, qui cautionne la référence à Brassens, mais qui ne voit pas plus de différence entre le gruyère et le cantal, qu’entre le gouda et le babybel, et se fend du tweet suivant :

« Te quoiches pô mais c’étiot tout pareil eud’dins mon tchiô biloute ! »

Ce à quoi l’auvergnat répond :

« Ouais, comme le maroilles et l’fond d’ton slip »

 

De tweets en retweets, l’échange se retrouve propulsé dans de nombreuses TL. Les débats font rage sur la qualité des AOP et autres AOC, les extrémistes ouvrent le sujet sur la polémique des « fromages à pâtes dures de race blanche » et arguent du grand remplacement en cours  de nos « fromages bien français » par les « beyaz peynir des mangeurs de kebabs » et autre « fêtas des feignants du sud ».

Sur ces entrefaits, les fromages se font tellement de pub, notamment le gruyère et le cantal, que les ventes explosent à l’exportation, et que les ports et aéroports américains renforcent leurs contrôles sanitaires par crainte d’un risque épidémiologique accru par cet engouement pour les « french cheese ».

L’Histoire Française retiendra notamment la surprise créée par le selfie de Gérard Depardieu et Vladimir poutine, un verre dans une main et un camembert dans l’autre, dont la diffusion sur les réseaux sociaux deviendra virale et dont la prise de position ouverte en faveur des fromages Français surprendra la majorité de la classe politique française.

 

Au milieu de tous ces tweets, nombreux sont les gens qui ont considéré les polémiques comme stériles, futiles, inutiles, Advil (cette rime vous est proposée par le lobby de la LPR - labos pharma réunis-), etc…

Certains se sont dit que ça ne valait pas la peine de commenter ces polémiques car les diffuser ne faisait finalement que leur donner encore plus de visibilité et donc de légitimité, quand d’autres se sont escrimés à répondre, parer, de front et d’estoc les tweets polémiques impies, dans l’idée qu’on ne peut pas laisser se diffuser de telles idées sans réagir.

 

Et moi devant mon écran, avec ma petite vie pépère à la routine auto boulot bistro dodo, de me demander a quel foutu endroit se trouve le curseur qui permet de dire si certains peuvent avoir plus raison que d’autre quant à la diffusion ou non de tout ce fatras fromagier.

 

 

Est ce que répondre à des tweets débiles sert à les combattre ?

Ou bien serait-ce les aider à diffuser leurs idées ?

 

 

Est ce qu’on combat mieux une idée en lui répondant publiquement, ou en la laissant mourir dans son anonymat ?

 

 

 

 

 

 

 

 

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