C'est un peu comme si un bar inconnu m'avait été recommandé et que je venais y jeter un oeil pour me faire une idée.

C'est comme ça que j'ai mis les pieds dans le rade de l'oiseau bleu.

Quand je débarque dans un endroit inconnu, je commence par me poser au premier endroit qui vient, histoire d'éviter que mon air perdu ne soit un point d'ancrage pour les regards en mal d'action et de cancans. Chez l'oiseau bleu, personne ne te voit arriver, sauf si des potes à toi sont déjà dedans.

Quand je suis entré, ça m'a fait un peu le voile noir, cet espèce de moment où tu subis le contraste lumière/pénombre, où tu vois rien parce que le bar est sombre, et que dans la rue que tu viens de laisser derrière toi pour entrer, tu étais éblouis par la lumière du soleil.

Donc j'y voyait que d'chi, sinon vaguement la porte par laquelle je venais d'entrer. J'ai commandé un truc désaltérant. (Celui qui à cet instant pense à un armagnac, je le respecte).

Je me suis senti tout emprunté, pas à l'aise, à me demander ce qui m'avait pris de venir foutre les pieds ici, et en même temps, ça me fait toujours ça à chaque fois que je franchis les limites de mon monde connu, et comme chaque fois que je franchis ces bornes, la curiosité l'emportant, je reste.

Ma boisson n'arrivant toujours pas et comme je commençais à y voir un peu plus clair, j'ai jeté un oeil vers le comptoir, et j'ai réalisé que c'était service au bar.

J'ai compris que chez l'oiseau bleu, si tu veux quelque chose, tu te sers.

Je me suis avancé vers le comptoir, et j'ai commencé à laisser traîner mon regard sur les différentes tablées.

J'ai réalisé que c'était vachement compostolite, comopso…, cosmosto… que y'avait plein de gens différents. Des jeunes, des vieux, des entre 2 âges, des gens qui semblaient aussi de tous bords et de toutes classes sociales.

En arrivant au bar, j'ai vu qu'il y a avait d'autres salles plus loin. En voulant y jeter un oeil, j'ai senti qu'on me tambourinait des phalanges sur l'épaule. Je me suis retourné et me suis trouvé nez à nez avec ce qui m'a semblé être une ado.

Très cash, elle m'a dit s'intéresser à moi dans le but que je m'intéresse à elle.

Je lui ai dit ne pas être intéressé et j'ai continué plus loin.

Je me suis baladé un peu et j'ai découvert un endroit immense.

J'ai pris l'habitude de venir me balader chez l'oiseau bleu, j'ai commencé à y repérer les habitués, à y reconnaître des figures que je connais et auxquelles je m'intéresse par mes lectures, par des amis d'amis, par la radio, par les infos.

J'ai réalisé que j'avais tout à coup la possibilité d'interagir avec ces personnes avec lesquelles les seuls liens que j'avais jusqu'à présent, existaient via des supports de communication à sens unique.

Tout à coup ils étaient tous là, à portée d'oreille, à portée de voix.

Il y a la table de mes twilter égos artistiques et scientifiques là bas, avec le grand qui a un panda et un stégosaure en laisse, qui discute science avec la petite brune qui ponctue la discussion de blagues grivoises avec son acolyte, un prof à moustache. Je me suis pissé dessus à lire leurs BDs, je me suis instruit aussi. J'ai aussi sacrément rigolé à les écouter raconter des conneries -et des choses sérieuses- dans ce bar. Il y a cette nana avec ses couettes qui les rejoint. Et ça se met à parler médecine, du dernier épisode rigolo du cabinet avec la consultation de Mme Choufleur, venue avec ses enfants, qui a tourné à la consultation familiale - je me demande si elle a réussi à prendre sur elle pour facturer une consultation par personne, mais j'en doute-, ça continue sur la manif pour tous, astronomie, astrologie, multivers, politique, relations humaines et j'en passe.

Derrière moi, il y a la table de mes twilters égos de la justice, je crois qu'il y a des avocats, des proc', des juges, un policier. Il y a cet avocat qui ne boit que du champ' car aux grands mô les grands remèdes , il y a cette dame qui fait des crises de spasmophilie quand elle entend des conneries juridiques. Là elle est en train de verser son verre sur la tête d'un type qui vient de dire que le statut de témoin assisté est un statut intermédiaire entre… je préfère ne pas en dire plus pour ma sécurité.

Le gars sur qui elle a benné son drink, il est à la table de mes twilter égo info, ce sont des gens qui essaient tant bien que mal de donner un accès à de l'information sourcée et vérifiée. Ils viennent d'un peu partout, et bossent pour un peu tout le monde. Ils essaient de se dissocier tant bien que mal des médias de masses, une quête bien fragile et ingrate.

J'ai encore plein d'autre twilter egos, des gens dont certaines facettes correspondent à certaines de mes facettes à moi, et m'amènent à cette étrange sympathie à leur encontre, sympathie dont ils n'ont pas nécessairement idée, dont ils n'ont pas nécessairement envie ni besoin, mais qui me permet à leur insu de continuer à me construire notamment à travers eux, à l'instar de mes proches.

Car ils me sont proches tout en restant loin, mes twilter égos, et ce paradoxe me convient très bien.

Mots Clés :

twitter, bar, tweet, twitt, blabla, twittosphere, relations

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