Avant tout attention certaines images peuvent choquer.

(Vraiment je suis sérieux)

Je sais pas pourquoi mais... je sais pas pourquoi.

Il y a ce genre de soirée où je regarde dehors et j'ai le cerveau qui se met à se barrer dans toutes les directions. Pas de bride, pas de faux semblants pas de mensonges où de détours à la con, ça fuse dans tous les sens, c'est anarchique, voir schizophrénique parfois. Il y a de tout, de la pensée fine à l'idée où le stéréotype le plus con qui soit. Ça débite un bon moment dans ce style et puis ça se canalise tout seul vers une idée.

Et ce soir, en regardant par la fenêtre, le calme enveloppant le bruit des 2 terreurs dans leur chambre, venant à bout de leur manifestation vindicative du "non nous ne voulons pas dormir nous avons la patate et tu vas en baver des ronds de pièces", ce soir donc, me vient la pensée que pour démonter les fichus préconçus, les à priori et les stéréotypes divers qui parasitent nos réflexions, c'est un travail incroyablement compliqué qui demande une énergie folle.

Si j'essaie d'analyser rationnellement mes pensées en essayant d'être objectif sur ce qui les fonde, et bien d'une manière générale il y a souvent des idées qui ne reposent que sur des impressions, des sensations, des souvenirs imprécis, enfin pas grand chose de tangible, en tout cas de vérifiable de manière irréfutable.

Au final j'ai l'impression que face à un événement, c'est souvent le mélange de vagues souvenirs face à un événement similaire qui va me faire réagir d'une certaine manière.

Mais prenons ensemble un exemple

Prenons un con.

Alors oui on est toujours le con d'un autre c'est vrai, même que des fois l'autre est tellement proche qu'il s'avère que ça peut même être nous mêmes.

Bon c'est un exemple pourri, je change.

Prenons une personne qui nous est antipathique.

Déjà de base c'est difficile de définir pour quoi une personne nous est antipathique, nous ne savons tellement pas l'exprimer qu'au final nous disons même parfois que c'en est "physique".

Si je dois définir pourquoi une personne m'est antipathique, je dois faire un effort intellectuel pour être objectif en essayant de sortir de la sensation pour l'observation.

- il/elle (respect de la parité oblige. Aux féministes éventuelles qui liraient ça, je vous dis "de rien") ne me laisse pas parler, ne m'écoute pas quant je parle.

- il/elle me répond systématiquement par des phrases commençant par "Non mais c'est pas ça, c'est que…"

- il/elle à l'haleine fétide

etc...

Mais il y aura aussi tout le non verbal, les mimiques, les gestes, les postures, qui feront référence à notre catalogue de souvenirs qui range cette personne dans la catégorie antipathique (ou connard, ou connasse, où sympa où ce que vous voulez d'ailleurs)

Bon en fait c'est pas du tout là que je voulais en venir et je sais pas comment embrayer vers mon idée de départ…

Ah oui !

Bon en gros pour moi, il y a des concepts utilisés et réutilisés qui font marcher des mécanismes de notre plus où moins conscient qui faussent toute la réflexion.

Je pense à l'exemple du jeune noir qui s'est fait tuer par la police je sais plus trop où aux états unis. En gros certains médias ont présenté des photos du jeune en sweat à capuche faisant un signe avec les doigts.

Moi dans ma tête je vois une photo que j'assimile à celles des gangs Eastcoastwestcoastrepresentyuniger, où des rappeurs ricains du même style.

Je vois un jeune noir en train de faire un geste typique de reconnaissance de bande, clan où je ne sais quoi. Je vois un mec qui vit chez sa mère dans immeuble pourri d'une cité où plus aucun flic ne va, qui va dealer au bas de la rue. Je vois un mec qui à un flingue sur lui, un mec dangereux, qui fait chier la police, qui se fait des tatouages en tôle et de la muscu

etc

Je grossis vachement le trait mais ce genre de photos ouvre forcément la vanne des stéréotypes, et avant même de s'en rendre compte et de vouloir faire marche arrière, vous en avez déjà aligné un paquet en général.

Et déjà ça fausse tout vu que ça fait appel au stéréotype et que ça fausse d'office le jugement du gars alors que putain vous avez juste vu une photo d'un jeune noir avec un sweat à capuche !

D'ailleurs la communauté noire est rapidement montée au créneau avec les réseaux sociaux et de nombreuses personnes se sont prises en photos dans des situations qui casse ce -putain- de stéréotype qu'on nous sert à l'envie. Genre des photos en costard, en tenue de juge, en tenue d'officier de l'armée etc...

Autre exemple concret :

Vous faites vos courses dans un super marché (déjà quelle enseigne vous avez en tête en lisant super marché, ça peut en dire long sur le stéréotype qui est ancré chez vous)

Moi je pense à Carrefour Market, parce qu'il n'y a que ça par chez moi.

Bref.

Vous prenez un steak de boeuf, sur l'emballage vous voyez une tête de vache, et inscrit choix du boucher.

Je pense nous pensons tous plus ou moins à ça :

Miam

Miam

peut être ça :

Re Miam

Re Miam

ou ça :

Miam sur pattes

Miam sur pattes

MAIS EN TOUS CAS JAMAIS A ÇA :

Miam en vrac

Miam en vrac

Miam en pagaille

Miam en pagaille

C'est con mais c'est vrai pour énormément de choses.

"Elevé à la ferme" nous pensons à ça :

L'allumette qui ne brûle pas les doigts

pas vraiment à ça :

L'allumette qui ne brûle pas les doigts

Et vous pouvez chercher même un moment sur internet avant de voir des images du réel.

La plupart de celles qu'on vous sert sur une recherche google image sont en général bien lisses bien propres et bien loin dans les pages où alors en tapant une recherche trèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèès

spécifique.

(Mes excuses mon è s'était bloqué)

Et les médias d'aujourd'hui nous abreuvent de ces conneries, nous gavent de ces images d'archives qui s'associent tout net dans notre cerveau.

Et c'est pareil pour les idées, les arguments politiques.

Tout est orienté et fait appel à des stéréotypes bien ancrés face auxquels il est bien dur de faire état d'un esprit critique.

Déjà quand j'écris "un chômeur fait la queue à pole emploi", vous n'avez pas l'image d'un mec en costard Gucci où je ne sais quel couturier.

Quand je dis un contrebandier, un juge, un cheminot, un paysan, un employé de la DDE etc...

Le plus triste c'est que ça amène à gober tout un tas de choses au quotidien tellement la masse d'information fonctionnant de cette manière est importante.

Alors oui il faut s'entrainer, faire gaffe à revenir un peu en arrière quand les images et les idées s'enchaînent avec un peu trop d'évidence.

Réfléchir par soi même.

Et arrêter de croire à des non sens.

Arrêter de croire qu'on peut exploiter infiniment des ressources naturelles non renouvelables.

Arrêter de croire qu'une allumette brûle indéfiniment sans jamais arriver jusqu'à vos doigts.

"Celui qui croit qu'une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou soit un économiste"

Citation attribuée à K.E. Boulding

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